• Janequin met en musique neuf des poèmes de Saint-Gelais. En voici les textes, dans les versions les plus proches de celles des partitions. 

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  • Le seizième siècle en France : tableau de la littérature et de la langue, Arsène Darmesteter et Adolphe Hatzfeld, Paris, Delagrave, 1889, p. 95.

    "Il est un disciple de Marot, le plus célèbre, qui mieux que tout autre montre le caractère de cette école poétique et explique pourquoi elle est si vite tombée ; nous parlons de Mellin de Saint-Gelais. (...) Tel était ce poète de cour, à l'esprit scintillant, gracieux, mais sans force ni vigueur : aucune production ne devait lui survivre."


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  • D'après l'édition Pierre de Tours, 1547.

       Le grand vainqueur des haulx mons de Cartaige.
    Accompaigné de quatre fins valetz,
    Vint l’autre jour demander son partaige
    Tout raisibus des portes de Chalais,
    Et demanda à Jean du Pont Alais,
    S’il y avoit des dens de Megera :
    Ouy (dict il) & le coq du Palais
    Vous ha mandé que bien tost neigera.
        Le clair soleil venant des Machabées
    Esclarcissoit le païs tout au tour,
    Vous eussiez veu sur grands mules bastées
    Venir aux champs mille dames d’atour :
    Mais Scipion pendant son retour
    Feit publier qu’on demandast au Pape
    S’il vouldroit point leur faire ce bon tour
    De luy prester son haulmusse, ou sa chappe.
    Tous y couroient fors que les Heliades
    Qui s’amusoient ce me semble à pescher :
    On leur manda par plusieurs ambassades
    Que de venir se failloit depescher,
    Ouy dict l’une, on ne faict que prescher
    Du different des ratz, & des grenoilles,
    Et si veult on tout le monde empescher
    De les fournir de fuseaux, & quenoilles.                        (p. 18)
        Sur le costé devers Septentrion
    Vint sur les rengs le fort filz d’Alcmena
    Bien mutiné de ce qu’Amphitrion
    Avecques luy tant de peuple amena,
    Et print la masse, & tant la demena
    Qu’on la sentoit du Rhin à la Thamise :
    Et feit si chauld que l’on s’y pourmena
    En maintz païs l’hyver tout en chemise.
        Or devinez si lon en devisa,
    Et si Cadmus avoit le gosier sec,
    Mais je ne sçay qui diable l’advisa
    Soudainement d’ainsi clorre le bec :
    Si estoit il bon joueur de Rebec,
    Et si savoit par cœur une triballe,
    Des tourdions, & des dances avec
    Mis en musique au concile de Basle.
        En ce temps là vindrent les Machabées
    Pour disputer contra Parlamentum,
    Et n’eust esté certaines gueules bées
    Disans hola, messieurs parlamenton
    On leur donnoit tresbien par le menton,
    Et leur dict on braves enveloutez
    Pardonnez nous si nous vous desmenton,
    Tous estes mieulx en point qu’en voluntez.
        Nul n’entendoit le sens de l’homelie
    Fors qu’un quidam qu’on vouloit espouser :
    Je ne vueil poinct dict il, que lon me lie
    J’aime trop mieulx le tout vous exposer :
    Mais il nous fault avant presupposer                            (B / p. 19)
    Que l’Antechrist ha la main fort habille
    Car il ne faict qu’escrire, & composer,
    Entendez vous ? c’est quand à l’evangille.
        L’evesque print le thesme de l’epistre
    Pour mieulx ouvrir l’entendement à tous,
    Et feit serment, que le fons de sa mitre
    Estoit si froid qu’il en avoit la toux :
    On luy fourra, puis il parla plus doulx :
    Et devisa du trou de la Sibylle,
    De sainct Patricz, & de mille autres troux
    Mais j’ay un peu la memoire labile.
        Ockan monta sur le plus hault estaige
    De Pegasus, & de nuit s’envolla :
    Mais il laissa son cerveau pour hostaige
    Parquoy revint parler à Scaevola
    Lequel luy dist, amy séez vous là,
    Et nous rendez les rayons de la Lune.
    Laberius (dist il,) les avalla
    Au grand’ festin qu’il feit à Pampelune.
        Sur ces propos je vy venir un poste
    Qui m’apportoit l’epistre Maguelonne,
    J’ay ce luy dis je, une jambe en composte
    Comment veulx tu que je picque, & talonne :
    Il n’y ha rien (dict il) de Babilonne
    Y voulez vous aux dames rien mander ?
    Si tu y vois ou Triquon, ou Chalonne
    Ne faillez pas de m’y recommander.                            (p. 20)


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  • Complaincte de la loyalle amye à son amy.
    Leçon de l'édition Pierre de Tours, 1547.
        O combien est heureuse
    La peine de celer
    Une flamme amoureuse
    Qui deux cœurs faict brusler
    Quand chascun deulx s’attend
    D’estre bien tost content.
        On me dit que je taise
    Mon apparent desir,
    Et faignant qu’il me plaise
    Nouvel amy choisir,
    Mais telle fiction
    Veult mesme affection.
        Si mon feu sans fumée
    Est evident, & chauld,
    Estant de vous aymée
    D’aultres il ne m’en chault
    Soit mon mal veu de tous
    Et seul senty de vous.
        Vostre amour froide & lente
    Vous rend ainsi discret
    La mienne violente
    N’entend point ce secret,
    Amour nulle saison
    N’est amy de raison.
        Si femme en ma presence
    Aultre vous entretient
    Amour veult que je pense
    Que cela m’appartient :
    Car luy, & longue foy
    Vous doibvent tous à moy.
        Quand par bonne fortune
    Serez mien de tout poinct
    Lors parlez à chescune
    Il ne m’en chauldra point :
    Je vous pry ce pendant
    N’estre ailleurs pretendant.
        Pour vous seul je confesse
    Mon cœur estre transi,
    Si j’estois grand’princesse
    Je dirois tout ainsi :
    Si le vostre ainsi faict
    Monstrez le par effect.
        Vous semble que la veuë
    Soit assez entre amis,
    Je ne me sens pourvueuë
    Du bien qu’on m’ha promis :
    C’est trop peu que des yeulx
    Amour veult avoir mieulx.
    Que me sert que je soye
    Avecque Prince, ou Roy,
    Et qu’ailleurs je vous voye
    Sans approcher de moy ?
    La paour du changement
    Me cause se tourment.

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  • Complaincte du loyal, & malheureux Amant à sa dame mal pitoyable.
     
    Leçon de l'édition Pierre de Tours, 1547.
        Helas mon Dieu y ha il en ce monde,
    Mal, ou ennuy d’ond lon ait cognoisçance
    Qui soit egal à ma douleur profonde !
        Helas mon Dieu si j’avois la puissance
    De declairer la peine que je porte
    Ce me seroit une grande allegence !
        Helas mon Dieu pitié est elle morte
    Qui luy defend que mort ne me contente
    Puis qu’autre espoir je n’ay qui me conforte !
        Helas mon Dieu le temps de mon attente
    S’en va passant comme songe ou fumée
    Et ma douleur est seule permanente.
        Helas mon Dieu, amie trop aimée
    Voyez vous point à mon dueil importable
    Vostre grand tort & foy peu estimée.
        Helas mon Dieu amitié perdurable
    D’ingrat oubly est trop recompensée
    J’en ay la peine & l’aultre en est coulpable.
        Helas mon Dieu qui savez ma pensée
    Soyez content que d’elle je m’estrange
    Mettant à fin l’œuvre mal commencée.
        Helas mon Dieu si mon cœur ne la change
    Faictes au moins que mon œil mieulx se garde
    De la chercher & plus ne s’y renge.
        Helas mon Dieu si ma mort tant luy tarde
    Ordonnez luy qu’apres ma sepulture
    Tard repentie elle entende & regarde,
    Que mieulx ma foy que sa cruaulté dure.

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